Affelnet : la fabrique à insatisfaction

Cause #1 : Un système qui évolue en silence

Introduction des points pour élèves boursiers, puis plafonnement des élèves boursiers dans les lycées, suppression du bonus sur le 1er vœu, nouvelle table nationale des coefficients, de nouveaux bonus, des découpages en districts , des lycées mis hors système, etc…… Cette année est à l’étude une mesure du temps de trajet qui pourrait remplacer ou compléter le découpage en district.

Les règles changent, sans que l’on sache vraiment comment : les parents découvrent courant avril ou mai un système crucial, et rien ne les y prépare.

Cause #2 : un découpage en districts inique

Le découpage en districts de Paris n’est rien qu’une horreur sociale.
Carte districtsAu tout début d’Affelnet, Paris a été découpé en 4 secteurs, qui disposent chacun d’une bonne corrélation entre nombre d’élèves et places en lycées. Mais du fait de la prime « même district », cette sectorisation interdit de fait à un élève de changer de district entre les classes de 3ème et de 2nde, même s’il habite à deux rues d’un autre district… La perte de cette prime « même district » lui ôte tant de points que sa demande d’affectation sera forcément refusée (voir Affelnet : L’impact du lieu d’habitation).

Le système AFFELNET fonctionne à peu près bien en général. Mais Paris fait figure d’exception nationale, à cause de ce découpage en 4 districts. Comment comparer par exemple les districts Est et Ouest, pourtant totalement étanches entre eux :

  • District Est :
    • Il a le plus fort taux d’élèves boursiers (26%) ;
    • Il a le plus grand nombre de collèges REP/REP+ (18 sur 30 pour tout Paris) ;
    • Il est le plus peuplé (40% des élèves de Paris dans ce seul district) ;
    • Il a le plus faible taux de satisfaction AFFELNET (49% l’année dernière).
  • District Ouest :
    • Il a le plus faible taux d’élèves boursiers (10%) ;
    • Il n’au aucun collège REP ou REP+ ;
    • Il est peu peuplé ;
    • Il a le plus fort taux de satisfaction AFFELNET (73% l’année dernière).

Cause #3 : le manque de communication

Tapez Affelnet sur Google : vous trouverez 50000 résultats. Et pourtant, sur ces 50000 documents, pas une simple communication pour dire aux parents : en 3ème soyez aussi attentifs à l’assimilation et à la maîtrise du socle de compétences qu’aux notes !

Parce que nous, parents, nous avions appris que ce sont les notes qui font la beauté du bulletin. Alors qu’en fait, ce sont les évaluations de la maîtrise du socle de compétences  qui feront pour moitié notre valeur pour l’entrée dans tel ou tel lycée.

En conclusion :

  • Une petite variation de l’évaluation du socle de compétences (qui représente la moitié des points de l’élève…) à la hausse pour les bons élèves et à la baisse pour les plus faibles peut avoir de grandes conséquences, très dures à anticiper.
  • Il est nécessaire de vous assurer que votre collège ne « sous note » pas votre enfant. L’année dernière, plusieurs collèges ont été « sévères » dans l’évaluation du socle commun. Résultat : des taux de premiers vœux beaucoup plus faibles que d’habitude, et donc des élèves mal affectés !!!

Cause #4 : un barème composé étrangement

Le barème consiste à affecter un nombre de points, entre 0 et 24 000 points au total (nous ne considérons pas les 19 200 points du cas général d’un élève boursier non boursier, puisqu’ils sont comparés avec les élèves boursiers; la référence de barème est donc bien 24000 points), à chaque élève. De son côté, chaque élève pose 8 vœux d’établissements (4 en pro). Enfin, les dossiers des élèves sont analysés un par un dans l’ordre du barème (le plus haut en premier), vœu par vœu, jusqu’à ce que l’on trouve pour l’élève un établissement dont le seuil minimum est plus petit que le nombre de points (ce document de nos collègues d’Hélène Boucher montre bien le principe en page 3).

Si encore on pouvait estimer le nombre de points de nos enfants… mais les 19 200 points du barème se décomposent comme suit :

 Notes de l’élève, c’est à dire son travail :  entre 0 et 4800
 Notes de maîtrise du socle de compétence, c’est à dire une appréciation des enseignants sur la manière dont il assimilé les notions :  entre 0 et 4800
 Points bonus s’il est boursier :  soit 0 soit 4800
 Points bonus s’il demande un lycée dans son secteur :  soit 0 soit 9600

En conclusion :

  • En 2017-2018, le travail direct de l’élève ne compte que pour 20% du barème ! Et à contrario 60% du barème n’est pas du tout lié à son travail !
  • Un élève boursier a 4800 points de prime : en pratique, un boursier qui a 11 de moyenne générale a plus de points qu’un non boursier qui a 20. Comment l’expliquer à cet élève qui a vraiment travaillé pour en arriver là ?

Cause #5 : des algorithmes qui aplatissent les résultats

Comme chaque enseignant a ses propres manières de noter, le système Affelnet prévoit une méthode pour homogénéiser les notes, en passant par des tableaux de calcul intermédiaires.

Or, les tableaux de calcul créent des effets de seuil tant dans le socle de compétence que dans les notes scolaires.

Dans le socle de compétence :

  • Avoir « Maitrise insuffisante » donne une base de 10 points de barème,
  • Avoir « Maitrise fragile » donne une base de 25 points de barème,
  • Avoir « Maitrise satisfaisante » donne une base de 40 points de barème,
  • Avoir « Maitrise très bonne » donne une base de 50 points de barème.

Donc :

  • Quand on passe de la tranche 1 à la tranche 2: +15 points
  • Quand on passe de la tranche 2 à la tranche 3 : +15 points
  • Quand on passe de la tranche 3 à la tranche 4: +10 points seulement !

Dans les notes scolaires :

  • Avoir une moyenne scolaire de 0 à 4,99 donne une base de 3 points de barème,
  • Avoir une moyenne scolaire de 5 à 9,99 donne une base de 8 points de barème,
  • Avoir une moyenne scolaire de 10 à 14,99 donne une base de 13 points de barème,
  • Avoir une moyenne scolaire de 15 à 20 donne une base de 16 points de barème.

Donc :

  • Quand on passe de la tranche 1 à la tranche 2: +5 points
  • Quand on passe de la tranche 2 à la tranche 3 : +5 points
  • Quand on passe de la tranche 3 à la tranche 4: +3 points seulement !

En conclusion :

  • Ce système favorise l’effort réparti : il vaut mieux avoir « Maitrise satisfaisante » dans deux matières que « Maitrise fragile » et « Maitrise très bonne » dans l’autre (80 points contre 75 dans le second cas) ;
  • Les effets de seuil créent des injustices : une moyenne de 9,99 donne 8 points de barème et une moyenne de 10,01 donne 13 points de barème.

Cause #6 : le plafonnement des élèves boursiers

Le cas du lycée Turgot de Paris est exemplaire : en 2016, Affelnet y affecte 83% d’élèves boursiers. En 2017, Affelnet instaure le plafonnement à 50% des élèves boursiers. Le pourcentage chute à 38%. Une donnée masquée est à prendre en compte dans le cas de Turgot : il est desservi par 3 stations de métro, et quasiment tout le district Est peut s’y rendre en moins de 10 stations de métro avec au plus une seule correspondance. Soit un temps de trajet de moins de 25 minutes.

Les élèves boursiers ont tout autant que les non boursiers le droit de s’inscrire à Turgot. Mais, dans ce cas particulier, sa proximité relative en a fait un choix demandé pour les habitants du nord du district, moins bien lotis en termes de lycées.

Avant le plafonnement, les élèves boursiers ont été servis systématiquement les premiers, les points de bonus les plaçant en tête lors des affectations. Avec le plafonnement, les élèves boursiers profitent toujours des points de bonus, mais sont contingentés, ce qui ajoute à l’opacité du système. Ils sur-performent quand même la moyenne du district de près de 50% (38% contre 26% de moyenne).

En conclusion :

  • Le but de mixité sociale visé par Affelnet est un leurre. Dans le cas de Paris, tout d’abord, parce que le découpage en 4 districts assez typés socio-professionnellement rend l’affectation dans les lycées assez inégalitaire entre le 16ème arrondissement et le 20ème, par exemple. Ensuite nationalement parce que la bonne règle serait de plafonner le quota d’élèves boursiers à la moyenne constatée des élèves boursiers sur la zone !
  • Le manque de communication, la non publication des seuils pour entrer dans tel ou tel lycée font qu’en pratique les demandes d’affectation se font à l’aveugle, face à un système implacable.

 

2 réflexions au sujet de « Affelnet : la fabrique à insatisfaction »

  1. Ping : Courrier de la FCPE au Directeur de l’Académie de Paris – FCPE du Collège François COUPERIN

  2. Ping : Affelnet : Pourquoi le « Bonus REP  est une décision dangereuse | «FCPE du Collège François Couperin, Paris

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